Comment les maisons de retraite se préparent-elles à la canicule

By admin
Le journal le Monde publie un reportage dans une maison de retraite du Rhône alors que le thermomètre affiche une quarantaine de degrés.
Un article publié sur le site du Monde le 19 août 2009.

caniicule1Boulevard des Oiseaux à Sathonay-Camp, au nord de Lyon, le thermomètre affiche allégrement 35 degrés à l’ombre.  Le soleil frappe la façade arrondie de la maison de retraite Lyon, la résidence du Cercle. Cette maison de retraite accueille quatre-vingt-sept personnes dont l’âge moyen est de 89 ans, contre une moyenne de 84 ans et deux mois au plan national. Dans le hall, la température tombe à 25 degrés. Ce qui procure une agréable sensation et permet aux résidents de quitter leurs chambres aux volets clos. “Avec la climatisation, on ne souffre pas, pour boire, on nous aide à y penser, on reste à l’abri”, confie Agnès, 84 ans. “J’ai vécu dix ans au Maroc, la chaleur ne me fait pas peur, dans le hall, j’attends que ça se passe”, dit sa voisine, 89 ans dans quelques jours.

La résidence du Cercle vit au rythme ralenti d’une forte chaleur, dans le département du Rhône, où le préfet a déclenché le “niveau 2 du plan canicule”. “On annule les sorties, on ferme tous les volets la journée, on les ouvre la nuit pour faire des courants d’air, on surveille l’hydratation de nos résidents quitte à poser des perfusions la nuit si des signes de fatigue ou des étourdissements apparaissent”, explique Thierry Deschet, 50 ans, infirmier coordinateur. “Nous sommes vigilants depuis le mois de juin”, ajoute Vanessa Fayolle, 27 ans, directrice.

“LIVRE BLEU”

Plusieurs salons climatisés ont été créés dans l’établissement, alors qu’un seul lieu aménagé est obligatoire. En 2003, moins du quart des maisons satisfaisaient à ce critère, aujourd’hui, elles seraient 97 %. Des notes ont été diffusées auprès du personnel et des familles, comportant une liste exhaustive de conseils pour accompagner des personnes dont l’organisme a du mal à récupérer durant cette période.

Autant de mesures directement liées aux conséquences de la canicule de 2003, qui reste dans toutes les mémoires, avec ses 15 000 décès dans le pays. A la résidence du Cercles, comme dans tous les établissements de ce type, un “livre bleu” a été rédigé, sous l’égide de la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales (DDASS).

Une formalisation administrative de toutes les mesures préventives à mettre en place. “La canicule de 2003 a eu un effet de choc auprès des familles et des professionnels, le livre bleu a permis de coordonner nos efforts, d’améliorer nos services”, reconnaît Marie-Annick Hamon, responsable du service gérontologie de la ville de Lyon. Le Centre communal d’action sociale (CCAS) de Lyon gère vingt-deux établissements d’accueil pour personnes âgées, comptant en tout 1 400 résidents.

Au niveau national, le ministère de la santé évaluait à 657 000 les personnes vivant dans ces lieux d’accueil, fin 2007. “Nous visitons les personnes hébergées au moins deux fois par jour, nous veillons à la répartition du personnel, aux astreintes, à ce jour, nous n’enregistrons aucune incidence sur la santé à cause de la chaleur”, explique Mme Hamon. Ce que confirme un communiqué de la préfecture, soulignant, après consultation des services d’urgence et des établissements spécialisés, “l’absence d’impact significatif lié à l’épisode caniculaire”.

“LE PROBLEME, C’EST L’ISOLEMENT”

Si les professionnels s’accordent à reconnaître les effets positifs de la prévention, beaucoup restent prudents. “Nous avons dû apporter de l’eau à des patients dans leurs chambres”, témoigne un Lyonnais qui préfère garder l’anonymat. Sa mère séjourne dans un service de gérontologie hospitalier, à l’est de l’agglomération. Au-delà d’une période ponctuelle très médiatisée, la canicule renvoie plus largement à la qualité de la prise en charge des personnes âgées dans la société. “Les retraités intègrent nos établissements de plus en plus âgés, souvent par défaut, après des accidents par exemple”, constate M. Deschet. Sur le plan national, l’âge moyen d’entrée est de 83 ans et 5 mois, et le pourcentage de personnes dépendantes croît.

A Lyon, la commune a adressé une liste de personnes isolées, qui se sont inscrites d’elles-mêmes ou l’ont été par leurs familles. On l’appelle le “registre canicule”. Il compte plus de 900 personnes. Depuis mardi, dix employés participent à un système d’appels pour les contacter quotidiennement. “Nous devons poursuivre la mise en réseau pour éviter ce qui s’est passé en 2003, les personnes très âgées perdent les réflexes essentiels, souligne Mme Hamon, les établissements sont des lieux protégés qui s’organisent, le problème c’est la solitude, c’est l’isolement.”



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