On me pose souvent une question… Y-a-t’il un âge pour l’amour?
FAIRE L’AMOUR À 80 ANS, EST-CE NORMAL ?
La question, écrite, est posée par une femme… de 80 ans. Venue en consultante, Corinne Peters, qui se présente comme “philosophe en faculté de médecine et dans le service de pédopsychiatrie du professeur Marcel Ruffo”, répond en renvoyant au parallèle adolescents/personnes âgées. Alors que l’âge moyen du premier rapport sexuel n’a pas varié depuis des décennies, à savoir aux alentours de 17 ans, les adolescents de 14 à 16 ans se posent aussi la question : “Est-ce normal de ne pas faire l’amour ?” “Où est le normal, où est le pathologique ?”, se risque-t-elle, à la suite de Sigmund Freud. Pour Sylvain Mimoun, directeur du Centre d’andrologie de l’hôpital Cochin, à Paris, “s’il n’y a plus de rapport sexuel depuis des années, faire l’amour à 80 ans peut être difficile ! L’érection sera de meilleure qualité s’il n’y a pas eu d’abstinence.” Et chez la femme ? Surprise, la sexualité s’épanouit parfois très tardivement ! Quand les caresses deviennent plus importantes que la pénétration dans l’acte d’amour, la femme découvre alors parfois le plaisir sur le tard ! D’où de nouvelles situations en consultation, où les femmes se plaignent du peu de répartie amoureuse de leur compagnon. L’expression “Il y a un temps pour tout” serait ainsi à mettre aux oubliettes.
FAUT-IL CONSULTER POUR UN TROUBLE DE L’ÉRECTION ?
La question, écrite par “un homme, 63 ans” – on n’en saura pas davantage – est lue par le Dr François Haab, de l’hôpital Tenon, à Paris. Réponse ? L’érection, c’est d’abord un problème vasculaire. Les artères de la verge, de petit calibre, sont les premières à se boucher, souvent à cause du tabac ou du cholestérol. C’est donc un signe à ne pas négliger, qui peut être avant-coureur de futurs problèmes vasculaires.
QUE FAIRE QUAND ON A ENVIE MAIS QU’ON NE PEUT PAS ?
Question écrite, posée par un couple, âgé de 68 et 70 ans. Après certaines opérations – cancer de la prostate ou hystérectomie (ablation de l’utérus) –, la disponibilité sexuelle peut être en berne. “Il faut en parler avec le patient avant l’opération. Expliquer les choses et prévoir une rééducation sexuelle, au besoin avec des médicaments pendant quelques mois, pour faire redémarrer la machine.” Car, si l’activité sexuelle est inexistante pendant des mois, voire des années après une opération, les choses seront d’autant plus difficiles. Dans tous les cas : “D’abord, comprendre pourquoi on ne peut pas. En parler avec sa compagne, son compagnon”, explique le Dr David Elia. Certaines femmes s’agacent de voir un compagnon impuissant, qui a tout de même envie de faire l’amour. Et plus la situation se répète, plus le problème s’installe : “C’est l’angoisse bien connue de la performance ! Un peu comme si on essayait de faire l’amour, un revolver sur la tempe !” Mais le désir, c’est autre chose que l’érection ! On peut avoir envie et ne pas pouvoir, tout comme on peut aimer et ne pas pouvoir faire l’amour. “La vraie question n’est-elle pas de savoir si on a envie d’avoir envie ?”, enchaîne le Dr Mimoun. Car, de l’abstinence à la pratique pluriquotidienne sous petite pilule bleue, tous les schémas coexistent aujourd’hui dans les pratiques amoureuses des seniors.
ALORS, FAIRE L’AMOUR, EST-CE VRAIMENT BON POUR LA SANTÉ ?
À cette question générale posée par le colloque, le Dr Haab d’une maison de retraite à Tours, répond “oui”, sans hésiter. Il ne s’agit pas pour autant de culpabiliser les abstinents, ni les adeptes de la masturbation. Après tout, Woody Allen n’a-t-il pas dit, rappelle Sylvain Mimoun, que “la masturbation, c’est faire plaisir à quelqu’un qu’on aime bien” ? Mais l’amour, c’est aussi une ouverture sur l’autre et, à ce titre, un moyen de ralentir le vieillissement. Pour appuyer cette analyse, les récentes découvertes concernant les bienfaits physiques de la pratique de l’amour sont intéressantes. L’amour, c’est bon pour la santé, parce que c’est un effort qui augmente les pulsations cardiaques et, par conséquent, procure un entraînement non négligeable. C’est aussi bon d’un point de vue neurobiologique : “Il se passe des phénomènes au moment de l’orgasme qui sont proches du déclenchement des endorphines chez les coureurs de fond.” Des hormones au rôle très positif pour la santé seraient ainsi libérées à cette occasion. Une nouvelle piste de recherche fort prometteuse aujourd’hui. Faire l’amour serait également excellent pour la prévention du cancer de la prostate et, peut-être aussi, du cancer du sein, grâce aux massages pratiqués sur les seins. Quand la nuit tombe sur Biarritz, les congressistes se dispersent par petits groupes avec, dans la tête, quelques petites phrases entendues : “Pour voyager loin, il ne faut pas ménager sa monture” ou “La fonction crée l’organe” . Une interview publiée sur seniorplus.fr
davody says:
juin 18th, 2009
0 h 37 min
La chirurgie micro-invasive par coelioscopie du cancer de la prostate préserve dans les cas favorables les bandelettes vasculaires et nerveuses de l’érection.